[Photos du 30 janvier 2010 | Sony Cybershot DSC-H50 | rédigé en écoutant Marty Robbins – «Big Iron»]
Ça ressemble à un billet où j’inviterais sur un ton humoristique mes lecteur-ices à prendre la parole, dans une relation horizontale où on se mettrait d’égal-e à égal-e, dans cet idéal participatif, collaboratif, garant d’un avenir pérenne et serein pour nous et nos enfants.
Mais bon, oh, on n’est pas chez les hippies ici, on se lave et on écoute Marty Robbins, des guns, des grosses bagnoles et de la spoliation par le génocide de peuple premier, c’est ça qu’on veut.
Non. En vrai ce titre cache quelques questions. Car en 1862 est inauguré à Nancy le Palais des Universités sur des plans de Prosper Morey, qui a fait plein de trucs dans le coin. Et ce palais, il a en façade des statues. On en parle?
Bah oui sinon y’a pas de billet.
Autour de l’entrée de l’Université place Carnot, il y a quatre statues. Je me suis rendu sur place, j’ai demandé à chaque statue avec un air agressif «Mais bordel t’es qui toi?» avec un air mi-agressif mi-agressif pour bien m’imposer et tout. Mais les statues n’ont rien répondu, alors je me suis souvenu des conseils de mon coach mascu et j’ai aussi gardé le silence, dans une insoutenable baston de regard. Au bout d’un moment j’avais faim, j’ai dû abandonner, comme quoi les conseils des masculinistes c’est vraiment de la merde.
En conséquence, j’ai abandonné le masculinisme et le coaching et j’ai enfin fait quelque chose de cool de ma vie, comme ouvrir des livres ou pleurer en écoutant Jockstrap ou Yonaka.
Et là, la révélation!
Les réponses en légende des photos:

Les mecs vus de loin, là je m’approchais avec un air super nonchalant mais confiant aussi en essayant de bien les impressionner, ils étaient figés de peur, en tous cas c’est ce que je croyais.

Bon bah là t’sais je m’approche encore, avec un regard dangereux, en face ça fait les mecs qui restent de marbre, d’accord, ils sont joueurs, on va jouer.

Là c’est baston de regards de loin. Ça marche trop pas. Je sue un peu, j’ai la rayotte du cul qui fait chanlatte, mais je ne flanche pas, comme me l’a conseillé mon coach qui le dit mieux que moi: «ne flanche pas». Quel génie mon coach. Et là je lance, vindicatif, mon célèbre: «Bordel mais t’es qui?». Silence. Long. Très long. Trop long.

Bon là j’ai compris que mon coach mascu c’est pas du tout un génie et qu’il a été terminé à la pisse comme tous les masculinistes; je n’ai plus le choix, je mobilise mes connaissances par moi-même, je fais appel à la culture. Des idées me viennent, « je vais vous les exposer l’une après l’autre » comme dirait l’ethnologue David Castello-Lopes.

D’accord. Alors toi ma parole tu pues la mifa Bonaparte. La gueule, le bouc, la moustache, les attributs, la date du palais… T’es Napoléon III! Alleeeez. Fais gaffe si tu vas à Sedan. C’est un conseil.

Bon alors toi, à la gueule aussi, avec ton bouquin sous le bras, ton drapé et ta carrure, je dirais Stanislas. Pas ce camé de Stanislas de Guaita, hein. LE Stanislas, Leszczynski. L’unique. Tu feras gaffe, je dirais que le feu est souvent pas bien éteint dans ta cheminée. Au feeling.

Ah. Toi je suis pas sûr. Barbiche, armure, épée, ça fait Henri IV un peu. Mais pourquoi? Ça n’a aucun sens. Et que faire de ces lauriers, à part un bœuf bourguignon ou un plat équivalent mais avec des lentilles pour si t’es vegan? Bon, je vais devoir ouvrir un livre (mon coach mascu fragile fait un AVC rien qu’à lire cette phrase). Et? Et c’est Charles III, not’ bon duc, eh oui. J’aurais jamais trouvé en fait. Merci les livres.

Alors toi, aucune idée. T’as juste l’air d’un cureton pis c’est tout. Allez, je reprends le lead sur ma vie et j’ouvre un livre. Ah ouais? Le cardinal de Guise dis-donc. Bon. Mais lequel? Il y en a eu 4: Charles, Louis, Louis II et Louis III. On voit que sur la fin, ils avaient épuisé leur stock de prénoms. Moi je penche pour Louis II: l’établissement ancêtre de l’Université de Lorraine, c’est 1582 à Pont-à-Mousson. Et Louis de Guise est mort en 1577. Louis III est né en 1575. Louis II a 27 ans en 1582. Je pense que Louis II de Guise, c’est un bingo!
Bordel, c’est super satisfaisant de réfléchir et d’être curieux. Et dire qu’avant ça mon coach mascu essayait de m’apprendre la drague de rue (aka la culture du viol). Quels branleurs les mascus j’te jure.