[Photos du 21 janvier 2024 | Fuji X100f | Rédigé en écoutant The HU, «Yuve Yuve Yu»]
Encore un titre avec une blague de mauvais goût. J’aurais pu m’abstenir, c’est vrai. Mais allez, «la Tour des Coop», hein, c’était tentant. A un XXe siècle près, c’était pas connoté.
Et d’ailleurs, c’est quoi cette tour ma foi?
La Tour des Coopérateurs est liée à une activité commerciale toute voisine, au bout de la zone Marcel Brot, dont il ne reste que quelques traces malingres dans le paysage. Au départ elle servait de siège social au Coopérateurs de Lorraine, aujourd’hui elle accueille le centre de formation du CHRU après sa vente en 2005. J’aimerais trop y faire un tour. J’ai appris à la trouver tellement cool. Je n’ai pas d’affection particulière, mais elle est trop bien. Encore une base secrète des gentils, probablement une base spatiale d’ailleurs, comme la CRAM avenue de Metz, le bâtiment de neurologie de l’Hôpital Central ou l’INRAE à Champenoux.D’après Wikipedia (qu’il faut soutenir plus que jamais), sa construction remonte à 1969. Quand on voit sa tronche, ce n’est pas une grande surprise.
Sur des plans de Louis Fleck, elle s’élève aux confins de Nancy. C’est un abus de langage, mais «confins» c’est tellement stylé à écrire! Les phrases sans ce mot devraient être interdites. Moi, quand je serai au pouvoir, ça sera un mot obligatoire: «aujourd’hui, j’ai passé la serpillère aux confins de la cuisine». Tellement classe. Bon, les confins de Nancy sont ici à la limite des Wildlands de Jarville, dont maints aventuriers sont déjà revenus, tout comme des gens normaux, tous les jours, avec le bus de ville et même parfois à pied. Enfin bon, Jarville c’est un endroit assez normal quand on y pense. Pourtant la tour veille comme s’il y avait du danger (exemples de dangers: le Diable, l’AVC, un-e élu-e RN ou encore l’hydrocution). On la voit depuis la voie rapide, en majesté dans la courbe descendant vers Jarville, on la voit depuis la rue Marcel Brot, on la voit briller au soleil le soir, on la voit presque chromée le matin au levant, d’un gris éclatant, lisse, mat, doux. Elle est assez isolée et ça renforce une certaine monumentalité. Elle est massive, trapue, pas très haute (seulement 38 mètres, quelle lose quand on y pense). Ses proportions sont compatibles avec Minecraft. Bien sûr, menacée de destruction, il a fallu en extraire tout plein d’amiante pour prétendre la garder debout. Les Trente Glorieuses, jusqu’au bout, n’auront pas été que glorieuses. L’amiante et la coiffure de Georges Pompidou en sont des exemples sinistres.
Je n’ai pas d’histoire personnelle avec cette tour. Longtemps elle n’a été qu’un truc dans le paysage, en passant en voiture au retour des Vosges. Anodine. Pas folle, pas horrible, pas chouette, pas incroyable, juste posée là. Mais c’est comme tout, quand on n’a pas l’occasion d’aiguiser son regard, on ne voit rien. J’ai eu la chance de rencontrer une rémouleuse de regard sur l’architecture et de vadrouiller un peu avec elle dans le coin, et ça a tout changé. Je me suis mis à voir des choses que je ne voyais pas avant. La tour qui nous occupe aujourd’hui en fait partie. Que soit mille fois remerciée pour m’avoir ouvert à ce monde la rémouleuse de regard Caroline Bauer. En suivant le lien sur son nom, on aura avantage à découvrir ses fort instructives publications.
Ce matin de janvier 2024 déjà évoqué, dans la lumière matinale d’une pureté amicale, après avoir écumé le coin de la rue Marcel Brot, mes pas me menèrent à elle; un peu mon n’veu! comme on disait au bon vieux temps du Néolithique précéramique A.
Quelques photos de ce que mes pieds ont vu, après tout, on est là pour ça.







