Nomeny oui ni non

Alors. D’abord on peut débriefer le titre. Je… euh… je peux me cacher derrière une hypothétique démarche artistique par exemple. Ça dirait comme ça que d’abord c’est un hommage à Raymond Aron. Ah. Quand tu mets Raymond Aron dans une phrase tout de suite hein ça fait moins les malins. En vrai je suis dans le Fernand Braudel Crew mais bon. L’opportunisme c’est bien pratique. Et c’est pas incompatible en plus.

Bon bah voilà, un bon debrief, on a bien avancé. On peut faire une pause smoothie.Et puis mettre des images histoire de dissiper le malaise lié à cette introduction.

Nomeny on a dit. Pour moi Nomeny ça a longtemps été un nom sur un panneau. Quand j’étais mioche, j’allais avec mon grand-père souvent dans sa cahute à Sivry, en partant de Nancy. Et sur la route, tu vois le panneau Nomeny. Je sais pas pourquoi ce nom retenait mon attention. Je ne peux pas t’expliquer, mais Nomeny, ça sonnait mieux que Jeandelaincourt ou Ajoncourt tu vois. Ajoncourt. Qui veut vraiment aller à Ajoncourt? Si on est honnête deux minutes. Alors que Nomeny, ah… tu tournes le nom dans ta tête et déjà y’a des jeux de mot qui apparaissent. Et un peu plus distingués qu’avec Ajoncourt. Ça fait son chemin et pouf, Nomeny se positionne en outsider dans ton paysage mental. Ni une, voire ni deux. Nomeny une ni deux.

Ah mince. Le malaise. Vite, une photo.

Nomeny tu vois c’est une architecture assez particulière. Pourquoi? La première fois que j’ai été à Nomeny, je le savais déjà car grâce à l’instruction, j’avais appris que Nomeny avait été victime d’une Première Guerre Mondiale en goguette et ça c’est vraiment pas de chance. Et cette Première Guerre Mondiale, on va l’appeler Yvette pour simplifier, elle a eu l’indélicatesse de s’acharner un peu. Yvette, par le truchement d’officiers allemands un peu fébriles, a provoqué fin août 1914 l’incendie de la localité, le déplacement et la fusillade de certains habitants.

La blague d’Yvette trouve ici ses limites, parce que voilà ce que fait la guerre. Elle massacre des gens. Assez simplement. Juste, faut le dire. Comme à Gerbéviller. Comme à Mỹ Lai. Comme à Bouchta. Comme dans ces milliers de patelins sur lesquels elle s’est abattue. C’est pas pour faire ma miss France, mais la guerre, hein… Va bien manger tes grands morts, Edouard Detaille… la guerre c’est pas le rêve (même si esthétiquement il est badass ton tableau, j’avoue).

Donc oui. Nomeny a une architecture de la Première Reconstruction, qui dans la région est à mon avis extrêmement charmante. On la voit ici, mais on la voit aussi massivement en Meuse avec de bien belles choses. On lira à ce sujet avec avantage l’ouvrage collectif suivant: Les reconstructions des années 1920 et 1950 en Lorraine: un renouveau architectural et urbain, édité avec le soutien vénérable de la Gazette Lorraine. J’ai pas d’autres références, c’est mon côté baltringue.

J’aime bien les formats portraits, ils apparaissent en tout grand et tout, c’est trop bien. le jour où j’ai été faire ces photos, qui sont plus que moyennes, je faisais un passage rapide à Nomeny. Je sortais d’une journée éprouvante et j’avais envie de fuir un coup, vite fait, tranquille. Je savais pas trop où aller alors j’ai été à Nomeny. Pas à Ajoncourt.

Ça m’a fait du bien. C’est joli Nomeny. Plus pentu que je ne l’aurais pensé. J’ai adoré cette architecture évoquée ci-dessus. Elle a, surtout à Nomeny, quelque chose de désuet et c’est sympathique. Comme si déjà, dans les années 20, cette incarnation de la IIIe République en faisait beaucoup trop. Comme si l’idéal, quoiqu’il vaille, fanait déjà. Quand un régime se met trop en scène, tout tendu comme une crampe, c’est le début de la fin, je me dis souvent. C’est ce que je retrouve ici. Cette vision joliment provinciale, cette ambiance si parfaitement républicaine, on se croirait dans un tour de France fait par deux enfants, au hasard. Et le fossoyeur de tout ça, qui pourtant en utilisa bien des motifs, n’était qu’à deux décennies de fonder l’éphémère régime de Vichy. Ça sentait déjà fort le sapin.

é sa fé réfléchire, comme dit le Philosophe sur Cnews.

Bon euh… allez encore une petite photo et moi j’y vais, j’ai des trucs à faire comme rien faire par exemple.

La prochaine fois on va où?

Bah moi je trouve risqué de poser la question comme ça, vu comme l’auteur de ces lignes peut parfois confondre espièglerie et vulgarité…

Old School HDL

Ahah le titre me fait penser à ce vieux System of a Down, «Old school Hollywood».

Nancy. Le HDL. Le Haut-du-Lièvre. Un des quartiers célèbres de Nancy pour leur réputation célèbre (cette phrase est sacrée meilleure phrase de ce billet). Pendant longtemps j’y connaissais pas grand chose au HDL, j’allais parfois y faire de la musique le soir et puis voilà. Ça se passait toujours bien même si y’avait des gens chelous. En vrai des gens chelous ça fait une impression mais ça fait rien d’autre. Finalement dans des quartiers plus privilégiés on se croise dans la rue sans se regarder ni se dire bonjour et ça aussi c’est chelou. Cette série de photos est déjà ancienne. Le quartier a énormément changé depuis. A l’époque j’habitais dans la partie éclatée du Faubourg des III Maisons et j’étais monté au marché du Haut-du-Lièvre à pinces parce que la santé tout ça.

J’ai pas trouvé grand chose qui m’intéresse d’ailleurs ce jour-là alors j’ai un peu raoué. Je savais pas que quelques années plus tard ce quartier deviendrait un lieu habituel pour moi, que j’en connaîtrais les immeubles, les appartements, les recoins, les commissariats, les locaux associatifs, la piscine, les foyers d’hébergement et toutes ces sortes de choses. Que j’y serais à l’aise, sauf la fois où un mec m’a suivi de nuit sur 500 mètres en m’insultant sans jamais trop s’approcher cependant. Mais sans s’éloigner non plus. Bon, ça m’empêche pas de m’y sentir toujours à l’aise. Un fois sur toutes les fois ça fait pas beaucoup. J’ai été une seule fois à Pise dans ma vie, je me suis retrouvé avec un couteau pointé sur le ventre et délesté de cinquante balles. Donc bon. Je suis mieux au HDL.

Le paysage est brutal dans ce quartier, surtout à l’époque. Plusieurs immeubles sont tombés depuis, des morceaux de ses célèbres barres, le Cèdre Bleu et le Tilleul Argenté, sont devenus poussière. Et ça va encore s’accélérer dans les mois à venir. Ce jour-là, j’étais entre les immeubles et ça foutait un peu le vertige toute cette verticalité. Mais j’aime ça. Je ne suis pas sûr que les choix soient judicieux, je ne sais pas si c’était bien de construire ces quartiers, mais qu’importe, ils sont là et j’aime y faire des photos. Aujourd’hui, en 2023, je l’ai assez fréquenté pour ne plus trop voir cette verticalité car j’ai appris sa lumière. Ses heures. A quelle heure à quelle saison la lumière tombe comme-ci, comme-ça. Il y a des heures, des endroits où j’aime être, précisément. Quand je peux, j’essaye de filer au bon endroit au bon moment. Quand le soleil d’hiver, vers l’heure du goûter, en pleine détresse, en plein plongeon, vient lécher les façades, sournois, hypocrite, avec ses rayons en biais. Quand midi tombe soudain sur la rue le long de la clinique et de la maternité et qu’une averse s’achève. Quand l’angle du soleil, en été, vient heurter le quartier, et qu’apparaissent des ombres tranchantes sur les murs des passages sous les immeubles.

Enfin je te dis ça et puis je te fous des photos en noir et blanc qui datent de la jeunesse de Michel Drucker, un jour sans teint. En même temps, la grisaille uniforme, c’est beau. Et puis ça me donne l’occasion de causer du quartier tiens. Il se passe plein de trucs chauds quand même là-haut. Tout de suite, on pense délinquance, trafics et tout ça. Les vrais trucs chauds, c’est la précarité, c’est le sort des « mineurs isolés », c’est quand même de la belle détresse.

Mais c’est qu’à côté de ça il se passe plein de trucs chouettes. Des histoires de solidarités entre voisins. Des jeunes qui sourient. Les lumières du soir. Les langues qui flottent dans l’air. Ce long échange entre des jeunes qui racontent leur village au Bénin, et cette gamine qui raconte en retour sa vie à Beyrouth et les silos volatiles.

C’est cette maman qui élève huit enfants avec un courage incroyable et qui, un jour où elle peignait une toile avec un peintre du coin, dit soudain, à l’issue d’un soupir sans fin dur à interpréter: « Eh bien… je crois que ça fait au moins quinze ans que je m’étais pas mise assise pour faire quelque chose pour moi. Je ne savais pas que j’aimais peindre! »

C’est ce petit groupe de gamins qui comme tous les gamins du monde ont fait une cabane dans les arbres au bord du quartier, et qui posent devant comme des héros de western, c’est des voix dans la nuit autour d’une table et d’une lumière rouge, dans une toute petite pièce, c’est cette ado insupportable et classée comme « perdue » par trop de gens qui ne veut plus décoller d’un piano et joue et joue encore.

En même temps le quartier tu sais il est comme tous les autres. Il est soumis à des lois statistiques. Quand tu vois la densité de population, forcément ça augmente d’autant plus la possibilité de tomber sur de chouettes personnes. On s’y attache. Je me souviens de la véritable détresse d’un jeune de vingt ans quand il a appris que son bout d’immeuble allait être détruit et qu’il serait relogé dans un endroit plus cool. Lui, il était là, les yeux rouges, à répéter: « mais comment je vais faire ailleurs? Je veux pas partir! Comment je vais faire? ».

Il ne lui manque rien à ce quartier… enfin, peut-être un peu moins de tiraillements ethniques et religieux et un peu plus de conscience de classe. Histoire de foutre un peu le bordel pour de bonnes raisons.

Je me souviens de ces gamines du quartier qui se demandaient à quoi ressemblerait leur immeuble idéal. Dedans il y a avait leur école, une bibliothèque, une salle de jeux, une supérette, une crèche, une salle de repos pour les mamans. Et une piscine sur le toit!

L’une d’elles, pensive, compléta: « enfin faudrait pas non plus que tout ce qu’il nous faut soit dans l’immeuble sinon on n’en sortirait plus jamais ».

Précisément, jeune fille. Précisément. Ton quartier est beau. Que ce soit le HDL ou les hauts de Dommartemont. Que ce soit un lotissement à Pulnoy ou la Vieille Ville. Ton quartier il est beau. Mais c’est pas une raison pour ne pas en sortir. Et puis d’abord si tu vas pas voir ailleurs, tu ne connaîtras jamais la valeur de ton petit Lyré.

Big up, Joachim du B., j’te kiffe (t’es de la famille à Cardi B. ou quoi?).

Allez, suis-moi. On quitte le HDL et on va voir ailleurs si on y est. Où tu veux aller tu dis? A Longwy? Ah non pas encore ça fait chier. Viens, on va dans un village pour changer. Oui. Ou pas. Bon, ta gueule, prends tes pieds et on y va.

Faut arrêter avec Toul

Non ouais. Faut arrêter avec Toul. Toul les boules et tout ça. Dans quelques articles je te dirai le contraire, avec des photos du Toul crado, c’est tout l’art d’être un con. Tu ne m’ôteras pas ça, ô funeste lecteur. Lectrice. Je sais pas. Je sais plus. Putain, il nous faut du neutre, décidément. C’est fou d’avoir une langue aussi riche et complexe et d’avoir pas été foutus de gérer ce problème.

Revenons au sujet. Parce que y’a la cathédrale Saint-Étienne à Toul. Et tu vois l’A31? Si tu vois. Tu pars de Nancy, tu roules vers Paris, vers Dijon, vers un retrait de permis, que sais-je encore. Mais ce qui est sûr, c’est que tu vas croiser Toul. Ou pas loin. L’autoroute va frôler Toul en réalité, par Dommartin, par Valcourt, l’autoroute va se dire: merde, je suis moche à crever, et là, on voit deux tours de cathédrale qui dépassent. Si si, juste là à droite. J’ose pas. Alors l’autoroute se courbe et défonce des coins de campagne au bout de Dommmartin, par timidité. Ce qui est gentil quoiqu’un peu bizarre, parce que les autoroutes sont faites pour piétiner des villes, depuis le début. Depuis les premières agglomérations en Anatolie et autres points hype du globe, c’était le plan. Mais bon. Pas là.

Ça t’a pas échappé qu’il y avait deux tours qui dépassaient hein? Eh oui. La cathédrale Saint-Étienne. Elle est beeeeeelle avec son cloître et tout. Tu sors de l’autoroute (c’est pas fictif, c’est un ordre) et tu vas dans Toul guetter la cathédrale. Moi la première fois que je l’ai rencontrée, je pense que c’était en CM2. On allait ou on revenait de la visite de la Maison de la Polyculture à Lucey (lieu de visite pas mal chiant quand t’es en CM2 et à la fin des années 80). Dans tous les cas, je me suis retrouvé la face en l’air à téma la façade. C’était tellement imposant, beau, chouette, tout ça. Je me souviens que ça m’a plu, immédiatement. Mon imagination a hurlé: «Vos gueules tout le monde, code rouge! code rouge! alimentation majeure de fantasmes!». Mon imagination savait que je finirais rôliste. Enfin voilà, ça m’a plu. A tel point que le blondinet de 10 piges que j’étais s’est retrouvé moins de dix ans plus tard sur un banc de fac à se palucher sur l’architecture religieuse avec en main «La Lorraine Gothique» de Marie-Claire Burnand.

Et sans surprise: on la reverra ici assez souvent la cathédrale Saint-Étienne de Toul. Elle a bien mérité du blog. Brave fille. C’est la cathédrale à son pépère? Hein? Ouiiiiii! C’est la cathédrale à son pépère ça hein? Oh oui c’est la cathédralounette. Viens! Viens sur les genoux!

Pardon. Bravo. Merci.

Longwy/Congo: la base

Une fois comme ça j’allais en formation à Briey, et comme Briey c’est chiant, tous les experts sont formels à ce sujet, j’ai pris ma voiture et j’ai été voir Longwy. En fin de journée après la formation. J’avais besoin de changer d’air, parce que le formateur était vachement bien mais le sujet était vachement con (le combo tombait bien en un sens). Bon, moi je prends mon Jolly Jumpy et me v’là barré. On me parle de Longwy depuis que je suis petit, sur tous les modes: c’est horrible c’est génial c’est mort c’est vivant c’est facho c’est solidaire c’est l’enfer c’est beau c’est touchant c’est nul. On dirait que je suis le seul à ne pas savoir des trucs sur Longwy. Alors j’y vais. Et puis en plus j’ai rencontré ces dernières années des gens de Longwy qui sont super chouettes. Je sais pas si ils font exprès mais c’est scandaleux d’être chouette comme ça. Les gens de Briey je sais pas ce qu’ils valent, on dirait que personne ne vient de Briey. Bon, bref, j’étais à Longwy et paf, en fait c’est compliqué Longwy, le haut, le bas, les côtés, les coteaux, au-dessus sur le viaduc, en-dessous dans les mines… mais quel bordel, y’a du Longwy à tous les étages. Alors j’ai voulu me promener parce que ça m’inspirait bien tout ça. Bah Longwy tu sais quoi? Faut des jambes pour se promener à Longwy. Longwy c’est pas la plaine d’Alsace tu vois. Comme j’avais pas beaucoup de temps, même si j’ai des jambes, j’ai juste fait quelques photos comme ça. Mais j’y suis retourné par la suite. Et j’ai envie d’y retourner encore un peu. Ça a l’air pas mal, Longwy.

What is my punk?

C’est vrai ça. C’est une bonne question. Qu’est-ce qu’il va se passer ici? Qu’est-ce qu’il ne va pas se passer ici? Où es-tu, lectrice, lecteur, en réalité? Qui te parle?

Moi je suis un mammifère omnivore. Je suis de passage, parce que je me promène, et parce que je suis mortel et pas très important. Je suis une portion infinitésimale du vivant qui grouille sur cette planète.

Ceci évacué, Un Dimanche en Lorraine, pourquoi? Si j’essaye de structurer ma pensée malgré les oiseaux qui braillent dehors, malgré plusieurs fulgurances mortes-nées qui traversent mon esprit, malgré 58 notifs des réseaux sociaux, et en dépit de ce joli motif de poussière derrière mon ordi, c’est un blog, parce que pour écrire des trucs j’ai pas encore trouvé mieux. Des trucs avec des images.

La Lorraine. Pourquoi la Lorraine. Ah. Bon. J’ai quatre siècles d’ascendants lorrains. Côté maternel comme paternel. C’est pas de la merde. Et c’en est, à la fois. Mon patrimoine génétique doit craindre. Suis-je fier? Non. Être fier de la terre, qui ne m’appartient pas, être fier de cette province, de ce duché, de ce pays, de mon cul sur la commode, c’est con, dans l’ensemble. Puisque je n’ai rien choisi. Je pourrais être né bactérie sur une exoplanète. La fierté de la terre et des origines n’a aucun sens. La destinée c’est de la merde, la réincarnation aussi, le patriotisme n’en parlons pas. Donc, non, je ne suis pas fier. Suis-je content? Oui! Ah bah ça oui. Ah bah putain tu m’étonne que je suis content. Il se trouve que la Lorraine n’y est pour rien initialement, mais mon histoire familiale et individuelle (pointons volontiers les limites de la famille) fait que j’ai eu l’occasion de connaître ma ville, Nancy, et sa région, la Lorraine. Des les aimer profondément, d’une tripe à l’autre. Sous plein d’aspects. Mais tu sais, plein. Pas deux. Plein. De son patrimoine militaire à son histoire pacifiste, de ses mouvements snob à son histoire ouvrière, de Charles IV, le premier punk de l’histoire lorraine, à Stanislas, le gars en surpoids content de lui (le premier Gérard Larcher de l’histoire? En passant surtout par les infinités de petites mains et de petites gens qui font les régions. Du Dédé au fond du Toulois qui de génération en génération coupe son raisin et fait son vin juste pour lui et les copains jusqu’à la Denisa, arrivée de Roumanie en 2014 dans une caravane sans fenêtres, migrée dans un appart’ pour apporter une vie meilleure à ses gosses et ça marche pas toujours malgré ses efforts mais ça marche quand même un peu. Du Philippe et de son amour des voitures anciennes hérité de son père dans le Grand Couronné à Jamila venue d’Algérie via l’Italie, militante écologiste, féministe et végétarienne dans le Pays-Haut. Tout ça, c’est les Lorrains, les Lorraines et la Lorraine. Tout ça et tout ce qu’il y a entre les deux. Donc je ne suis pas fier, je suis amoureux, passionné, attaché, touché, plein de tendresse. Tout ça c’est pas pareil que fier. J’aime la Lorraine, et pour cette raison, j’ai envie de garder un pied dans la porte quand les nationalistes régionalistes fragiles et obtus veulent la fermer, parce que c’est autant chez moi que chez eux, et que chez moi tu es toujours bienvenu-e. J’aime ma région, je lui fais confiance, je n’ai peur de rien avec elle: alors bienvenue à toi, pour trois mois ou pour 100 000 ans. Quelle que soit ton origine, ta langue, ton orientation sexuelle, ta religion (c’est pas grave) ou ta non-religion (c’est cool), tes idées, ta gueule. Même si tu n’aimes pas le gorgonzola, je consens à t’accueillir. Mais ça sera un effort, ne nous le cachons pas. Les gens c’est ma chouette malédiction. Je ne peux pas les voir en peinture: essaye de m’intégrer à un groupe, je te bats le record du 800000 mètres pour fuir. Essaye de me séparer d’eux, je te casse la mâchoire à coups de cric tellement j’ai besoin d’eux et tellement, à vrai dire, je les aime. Les gens.

— Pour l’histoire de te casser la mâchoire à coups de cric, pas impossible que je me luxe une épaule rien qu’en le soulevant. Tu ne risques rien.

Y’a pas souvent de gens sur mes photos parce que:

1/ J’ai peur de prendre les gens en photo

2/ Je veux pas faire chier les gens

3/ Les gens ils ont raison vu le développement des réseaux sociaux, de m’envoyer me faire foutre

4/ Mais quand même j’ai envie alors ça va dépendre

Mon modèle c’est «Les Pieds sur Terre» sur France Culture. Tu dois aller écouter ça tout de suite. Juste des gens qui causent. Toutes sortes de gens. Des gens que je trouve chouettes, des gens que je trouve cons, des autres qui m’émeuvent, des suivants qui me font rire, des faquins que j’ai envie de taper. Et c’est génial. Je connais peu d’endroits médiatiques aussi incroyables que cette émission de reportages pour parler, prendre la parole et ne pas être jugé. Merci Sonia Kronlund.

J’ai tapé quelques interviews à droite à gauche, portraits de Lorrainn-e-s, très attachés à la région comme moi, ou bien qui espèrent la fuir au premier coup de vent. Je tenterai d’en faire la relation. Sinon ça parlera beaucoup de Nancy parce que c’est mon berceau, et bien sûr de la Lorraine. Parfois je ferai des escapades chères à mon cœur: La Haute-Normandie, un peu de baie de Somme conséquente, un zeste de Vézelois, des Balkans plein, et puis des autres endroits un peu à la vas-y comme j’te pousse.

Donc bienvenue. Incompétence joyeuse, procrastination revendiquée et rigoler avec de la tendresse parfois vache dans le gosier, ça va être un peu le programme.

Et surtout fais comme chez toi.

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Comme tous les gens qui comme moi se rattachent à la mythologie du «Ni dieu ni maître», j’ai tout de même, caché-e-s au fond de mes placards, deux trois idoles.
Et comme j’aime les listes, voici une liste de gens, de lieux ou de choses, réel-e-s comme imaginaires, qui m’ont marqué et influencé tout au long de ma vie. Qui ont changé quelque chose dans ma vie. Un bouquin, un acteur, une chanteuse, un personnage, une émission, un son: sens-toi libre de parcourir cet univers et de pouffer de connivence ou de le honnir et j’y peux rien si t’as pas de goût. Certaines de ces références ont ranci depuis (Philippe Val par exemple, ou François Bégaudeau, ô combien rances) mais par le passé elles m’ont eu un sens, alors je les mets quand même, du bout des doigts avant d’aller me laver les doigts.

«1984» (George Orwell)
«28 Jours plus tard»
Deena Abdelwahed
Albator
Alien, le 7e Passager (Ridley Scott)
Sonita Alizadeh
Juliette Arnaud
Astérix et Obélix
Alexandre Astier
Felix MENDELSSOHN BARTHOLDY
Beach House
Echobelly
Gert Bettens
Sam Bettens
Beyoncé
Amadou Hampâté Bâ
Pierre Bayle
Amiga 500
Joachim du Bellay
François Bérenger
Loco Locass
Jorge Bernstein
Jello Biara
Etretat
Bimbo Killers
Sophie Binet
Frank Black
Marc Bloch
Hérodote
Manic Street Preachers
Johannes Brahms
Minecraft
«Abyss»
La Dernière (Radio Nova)
Fernand Braudel
The Breeders
Tim Burton
Barbara Maitland
Les Playmobils
Johnny Flynn
Jacques Callot
Jackie Welles
Dieppe
Cassie Raptor
Herman’s Hermits
Blaise Cendrars
Ceux de 14 (Maurice Genevoix)
Alain Chabat
Chilla
Cowboys Fringants
China Drum
Mano Negra
The Clash
Han Solo
Cloudpunk
Dorothée
Cloverfield
Font & Val
«La Raison du Plus Faible»
Kurt Cobain
Avishai Cohen
Vézelay
Sam Cooke
François Corbier
La Patère Rose
The Beatles
K2R Riddim
nina Simone
Régine Crespin
Crooklyn (Spike Lee)
The Crusaders
Cyberpunk 2077
Le Dé
Exékias
Paris Combo
John Deacon
Judy Alvarez
Dead kennedys
Kelley Deal
Rimouski
«Le Dernier Pilote»
Kim Deal
Lydia Deetz
Charles Delvert
Camille Desmoulins
Virgnie Despentes
The Movement
Phillip K. Dick
Stefan Eicher
Le Havre
Béatrice Dalle
Sarajevo
Do a Powerbomb! (Daniel Warren Johnson)
Ernő DOHNÁNYI
Diego Pallavas
Emeraldas
Et Vive l’Aspidistra! (George Orwell)
Fabcaro
The Little Rabbits
Jean-Baptiste Pergolèse
Kaamelot
Mary-Elisabeth Mastrantonio
Fallout
Montréal
Golshifteh Farahani
Atari 520 ST
Fécamp
Un Faux Graphiste
Florence Foresti
Sage Francis
Célestin Freinet
Le château de Hever
Brighton
Caspar David Friedrich
Pete Fromm
La Gale
Romain Gary
Maurice Genevoix
Rupert Giles
Emma Goldman
«Le Vietnam au futur simple»
Laure Granbesançon
Clémentine (le dessin animé qui faisait peur)
François Hadji-Lazaro
Hommage à la Catalogne (George Orwell)
Indian Creek (Pete Fromm)
Interpol
Dom La Nena
The Jam
Jean Jaurès
Joan Jett
Jockstrap
Indiana Jones
Jul
Juliette
Atarashii Gakko
Kik
Stephen King
Saint-Nazaire
Kathe Kollwitz
Sonia Kronlund
Genesis
K’s Choice
Manu Larcenet
Evelyn Parker
Yeah Yeah Yeahs
«L’Air de la Guerre» (Jean Hatzfeld)
«La Lorraine Gothique» (Marie-Claire Burnand)
«La neige en deuil» (Henri Troyat)
Georges de La Tour
Hole
Rod Stewart
Andie McDowell
Les Mystérieuses Cités d’Or
«Le Chant des Forêts» (Vincent Munier)
«Le Combat Ordinaire» (Manu Larcenet)
«Le Nom des Étoiles» (Pete Fromm)
«Le Seigneur des Anneaux» (J.R.R. Tolkien)
L’Échelle de Jacob (Adryan Line)
Les Passagers du Vent (François Bourgeon)
Les Sept Ours Nains (Émile Bravo)
Robert Lamoureux
Marie-Renée Lavoie
Lydia (Huscarl de Blancherive)
Paul Lintier
Leftöver Crack
Au-dessus de la Mêlée (Romain Rolland)
Bernard Lenoir
Mort Shuman
Otoboke Beaver
Aymeric Lompret
Howard Phillips Lovecraft
Mansfield TYA
Les Mondes Engloutis
Cheap Trick
Valérie Masson-Delmotte
Brian May
Azra
Medef Inna Babylone
Freddie Mercury
Guillaume Meurice
Courtney Love
Samantha Micelli
Tony Micelli
R.E.M.
«Pacific Rim» (Guillermo Del Toro)
Louise Michel
Mon Dragon
Sleeper
Mount Kimbie
Michel Munier
Vincent Munier
Bill Murray
Nada Surf
Renaud
Nirvana
Foo Fighters
NO FX
Nota Bene (Benjamin Brillaud)
Nous Autres à Vauquois (André Pézard)
Les Nuls
Marc Ogeret
Hoba Hoba Spirit
Georges Orwell
Alexander F
Klô Pelgag
Johnny Mafia
Rosa Parks
Max Payne
Penseur Étoile
André Pézard
Pixies
Le Vagabond
Sushi Nihiliste
Pierre La Police
Joseph Ponthus
Apashe
Iggy Pop
Philippe Poutou
Giaccomo Puccini
Queen
Élysée Reclus
Retour Vers le Futur
Rihanna
Jean Rochefort
Les Innocents
La Cité de la Peur
Mitski
Romain Rolland
Sandrine Rousseau
Winona Ryder
Joe Sacco
Shake Shake Go
Les Schtroumpfs
Joe Strummer
Shed Seven
SLIFT
Sorcha
Nina Hagen
Spectres
INXS
The Stranglers
Subhumans
Faraj Suleiman
Buffy Summers
Zabiskie Point
Stalker (Andreï Tarkovski)
Stalker (GSC GameWorld)
Anne Sylvestre
Israël Sylvestre
Brigitte Bop
XTC
System of a Down
Tank Girl
«La Vie et rien d’autre» (Bertrand Tavernier)
Roger Taylor
Thérapie Taxi
John Ronald Reuel Tolkien
Henri Troyat
Les Tuniques Bleues
Ultramoderne
Un Jour sans fin
Un peu d’air frais (George Orwell)
Les Négresses Vertes
Deux Années sur le Gaillard d’Avant (R.H. Dana)
Une Histoire Birmane (George Orwell)
Félix Vallotton
Camila Moreno
Thomas VDB
Ray Ventura
Audrey Vernon
Metro 2033
Alfred E. Van Vogt
Vol de Nuit (Antoine de Saint-Exupéry)
Rebeka WARRIOR
Edith Wharton
Wet Leg
Willow (Ron Howard)
Yonaka
Jessy Bulbo
Clara Ysé
Michelle Zancarini-Fournel
Stefan Zweig