[Photos de peut-être le 22 février 1998 | Minolta X9 | Rédigé en écoutant Sweet, «Fox on the run»]
Une fois encore, le jeu de mot du titre est pas très légal. Je t’ai déjà parlé de mon lien particulier avec le fort de Villey-le-Sec? Oui? Bon. Et de toutes les contradictions que ça génère chez moi? Déjà fait? Ah oui même que c’était expliqué dans ce billet. Et de mon lien particulier avec l’hiver? Je t’en ai causé? Aussi? D’accord. Et de mon vieux Minolta X9 que j’adorais et qui est décédé un jour de manif en 2003? Non? Mais tu t’en fous? Super. Alors tu peux aller jeter un œil à l’association qui gère le fort de Villey-le-Sec et te le fera visiter, c’est un chouette site. J’ai perdu contact avec l’association depuis 20 ans; mais écoute, si tu sais pas quoi faire un dimanche en saison, au moins tu pourras causer avec la pierre et le béton.
Aller, des vieilles photos, ça a presque trente ans, «mes pauv’ z’enfants» comme disait ma grand-mère.
Oui j’ai mis un Z pour signaler la liaison. Et tu vas faire quoi?
Entrée du réduitFossé du réduitC’est moi ou on se gèle les organes génitaux?Vue depuis le réduit vers Toul, dont on voit en particulier le quartier de la Croix de Metz sous le mont Saint-Michel, qui n’est ni en Bretagne ni en Normandie, mais en Lorraine, fin du débat (beaucoup d’infos, je sais)Au voisinage pas toujours bienveillant d’une tourelle d’artillerie pour deux canons De Bange de 155mm, du froid et des arbres froids
Le problème avec la guerre c’est que même quand c’est pas la guerre on la prépare, comme à Villey-le-Sec dans les années 1870-1880 et plus si affinités (spoiler: y’a eu affinités). Quand mon cerveau handicapé par sa propre existence (c’est profond ça) essaye de concevoir le truc, c’est plutôt un orchestre symphonique ou des danses mauriciennes qui me viennent. Et je me dis: mais nom de dieu d’bordel de merde, comment on arrive à faire la guerre et du Puccini dans la même espèce? C’est proprement n’importe quoi et la preuve parfaite qu’il n’y a pas de puissance supérieure organisatrice, ou si il y en a une, je suis manifestement plus compétent qu’elle, c’est dire le niveau.
Je pense toujours à Émile Alfred Top qui pendant la Première Guerre Mondiale relevait qu’on n’avait jamais vu un régiment de porcs se battre contre un autre régiment de porcs, et d’ajouter: «nous sommes là […], dégoûtés de nous-mêmes». La guerre c’est comme la religion, je suis pas fan. Miss France tout ça. Et pourtant que de belles églises, que de magnifiques mosquées, que d’incroyables synagogues etc… les forts c’est pareil. Liouville, quelle beauté. Villey-le-Sec aussi, ça ne manque pas d’intérêt. Dommage que ça serve les logiques guerrières et pas la culture du navet, quoi. C’est tellement bien le navet.
J’ai aussi passé plein de temps à Villey-le-Sec, avec les copains. Son fort m’a été un havre, un abri, un lieu de formation dans mes jeunes années, comme chantait Trénet. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas comment en traînant et en trouvant des amis dans le «le milieu de la fortif», très conservateur voire pas mal d’extrême-droite, déjà à l’époque, je suis devenu, ou du moins resté, un horrible woke islamo-gauchiste escrologiste gauchiasse anarcho-trotsko-crypto-collectiviste socialo communiste et tutti quanti, pour reprendre les termes des bons Français qui adorent torturer notre jolie langue avec des néologismes complètement claqués et utiliser une novlangue pas très jolie (et qui viennent ensuite nous emmerder avec l’écriture inclusive, ironie fascinante). En tous cas c’est la preuve que ça doit être bien ancré, que même Sandrine Rousseau (que j’aime beaucoup, faudrait juste qu’elle apprenne comment échanger des mots avec des humains) n’y retrouverait pas ses petits.
On est d’accord que cette dernière remarque n’était pas pertinente.
Bref, Villey-le-Sec, c’est un gros bout de ma vie, le village comme son écrin de cailloux bien organisés faisant fortif.
[Prises de vue du 2 octobre 2023 / Fuji X100F / Photo brutes]
Villey-le-Sec, j’y ai passé des tas de moments à la fin des années 90 et au début des années 2000. Au fort. Avec un petit groupe de copains qui s’est étoffé au fur et à mesure, on été là les week-ends, notre vie de bénévoles, pour travailler, défricher, mettre en valeur, faire visiter le fort de Villey-le-Sec. Peu de moyens, beaucoup de motivation. Par la suite, l’association a grandi, l’argent des subventions est arrivé, les enjeux ont changé. On s’est moins demandé ce qu’on allait mettre au barbecue pour le midi et on s’est plus inquiété de remplir des dossiers et de travailler son entregents. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, ça profite au patrimoine, et le site a remarquablement évolué depuis. Mais en tous cas ce n’était plus mon truc à moi.
Et puis la notion même de fortification, ce sont des choses qui m’ont toujours parlé, qui m’ont toujours fasciné, qui m’ont toujours rassuré, en un sens. Peut-être comme une sorte de cabane inexpugnable, comme une chambre d’ado, la plus imprenable des forteresses.
Pendant ces années au fort, j’ai appris pas mal de choses, j’ai lié de solides amitiés. J’ai appris une chose essentielle: on peut être ami avec des gens différents, par leurs opinions (je peux te dire que dans le milieu de la «fortif» les gros gauchistes dans mon genre ça court pas les remparts), par leur âge, par leur métier… J’ai traîné avec des agriculteurs, des chasseurs, des ouvriers, des militaires à la retraite ou non. Tout des gens que je n’aurais sûrement pas rencontrés autrement. J’aurais été dans un petit milieu de gens tous pareils que moi et ça aurait été de la merde sans même que je m’en rende compte. J’ai appris qu’on peut parler avec des retraités réacs, être amis, se serrer les coudes alors même que nous sommes des ennemis politiques. Parce que l’idée de s’occuper de notre fort, c’était pas de la politique, c’était l’histoire d’une bande de gens qui s’aiment bien, avant tout.
J’ai appris en ce lieu qu’on pouvait se parler, parfois se prendre la tête: peu importe, on pouvait voir et entendre autre chose que ce qui nous conforte et nous confirme, sans nécessairement varier dans ses convictions: l’humain était finalement la porte d’entrée, et non pas ce qu’il pensait, son camp ou je ne sais quoi d’autre. On peut partager des valeurs quotidiennes de travail et d’entraide, de respect, et être chacun à un bout de l’échiquier, pourtant.
Là, aussi, j’ai appris à aimer une vallée, une rivière, une forêt, et au loin Toul et la ligne sombre des Hauts de Meuse. Mon affection profonde pour ce coin de Lorraine est importante pour moi.
Sûrement que j’idéalise un peu: on s’en fout, l’important c’est ce que j’en retire ici et maintenant.
Il existe aujourd’hui, comme à l’époque, des tonnes de lieux comme ça et c’est rassurant: mais le contexte a changé. Trop souvent les tensions entre les gens sont tellement exacerbées qu’on ne s’écoute pas, on ne s’entend pas, on ne se comprend pas et on ne veut plus se comprendre, on ne veut plus rien vivre ensemble. Alors plus personne n’a le sentiment d’être considéré. Les frustrations s’accumulent et on sait qui récolte les fruits de la frustration: les vautours à la flamme tricolore font des cercles au-dessus de nos têtes, ils attendent le bon moment pour fondre sur le cadavre encore chaud de l’humanisme simple et spontané qui nous lie pourtant inévitablement les un-e-s aux autres. Et les bons maîtres des marchés s’en accommodent très bien.
Vas-y je suis chiant moi ce matin.
Bref, j’aime bien aller à Villey-le-Sec faire le tour du village donc le tour du fort, une douce nostalgie pointe son nez, ça fait du bien, et j’ai une pensée pour tous ces gens de tous âges que j’ai côtoyés ici, et qui m’ont donné à voir, que je n’étais pas seul au monde et que je ne détenais pas plus de vérité ou de vertu qu’eux.
Car comme écrivait Lindingre un jour et comme j’aime à l’écrire à mon tour à toutes les sauces, j’ai beau avoir des convictions profondes, qui ne m’ont jamais quitté et qui j’espère ne me quitteront jamais, c’est bien beau mais une fois qu’on a dit ça, il reste que : «oui, mais il y a les gens».
Et jamais mes convictions, qui me tiennent, me donnent de l’espoir, me structurent, ne devront passer avant les gens.
C’est non négociable.
Ma devise sera toujours: «Oui, mais il y a les gens».
Ou «Peut-être si on fait rien, il se passera rien?», comme disait M. Poulpe dans le rôle du soldat Da Silva.
On est bien d’accord que c’est bien d’interagir avec sa communauté, en tous cas c’est ce que me recommande le tableau de bord du blog. J’ai regardé la date du dernier billet et je me suis dit: bon. Au risque de spammer, je vais refaire un billet de blog. Allez. Le principe de l’interaction, je le précise, c’est je dis des trucs, je mets des photos, vous applaudissez en silence et je fais une sieste pour préparer ma prochaine interaction d’ici quelques mois.
Le Terrouin. Qui fait encore confiance au Terrouin? C’est typiquement le petit ruisseau effronté qui sort de son lit pendant la sieste pour aller faire n’importe quoi derrière ton dos. Ah bah oui y’a plus de jeunesse, dès la petite section ça déconne, c’est la faute aux 35 heures et probablement aussi à Aya Nakamura et à la CGT. D’après une étude.
La blague c’est que tout le monde se laisse avoir. Le Terrouin a une bonne petite gueule et sa vallée est un ravissement de chaque instant. Et pourtant il se disperse le Terrouin. Il part dans tous les sens. A la moindre goutte en trop c’est la Bérézina, il faut dire ce qui est: malgré son âge, le petit Terrouin n’est pas encore propre. Mais ne lui cherchons pas d’excuses.
En réalité, je vais dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas: le Terrouin est un petit con. C’EST TOUT.
Après faut voir d’où il vient. Laneuveville-derrière-Foug… voilà tout est dit. TOUT EST DIT. Ne faites pas semblant de ne pas comprendre. Source du Goulot, source de Lucey… fontaine du Pensieux! Voilà, on sait tous ce que ça veut dire. C’est pas source Corinne, quoi, on a compris.
Regarde un peu ce qu’il fait du mobilier urbain… enfin champêtre. BREF. Tu as vu? Des gens font des passerelles? Eh bah lui, ni une ni deux il sabote tout! Il gâche tout! Et il est fier en plus. Si. Ça se voit dans ses yeux. Si. Non mais.
Moi de toute façon je ne sors plus, j’ai peur d’être agressé par un sentiment d’insécurité ressentie. De toute façon ils sont tous pareils. Le Terrouin, le Mâdon, l’Ingressin, même l’Amezule ou la Petite Seille… tous les mêmes. Ah pauvre France. Pauvre Lorraine. Enfin bref, pauvre moi, surtout.
Et le pire c’est que tout le monde s’en fout, à cause de l’hydro-gauchisme. Ça fait du mal. Je passe mes journées à prévenir tous les gens que je croise, ma famille, sur les réseaux sociaux, j’alerte en permanence, je publie des liens sur les inondations sauvages organisées sciemment par les pouvoirs publics pour abattre la France fluviale… en plus je ne m’informe que sur des comptes fiables, la preuve, ils le disent eux-mêmes! Mais je sais pas pourquoi, personne ne m’écoute. C’est comme si je les ennuyais. On m’a dit: t’es gênant. AH-AH! C’est bien la preuve que je gêne, que je dérange, c’est donc qu’il y a anguille sous inondation! Mais ils font mine de rien… alors que c’est la survie des valeurs hydrologiques traditionnallo-éternelles qui est en jeu!
Franchement si ça tenait qu’à moi on ferait interdire l’Anse Insoumise. Regarde-moi le travail. Tout part à vau-l’eau. Vivement qu’on revienne mettre de l’ordre dans tout ça, canaliser les cours d’eau ensauvagés: rives en béton, lit en béton, développement choisi de la faune et de la flore et que ça file droit!