[Photos brutes du 16 octobre 2016 / Nikon D800 / A l’écoute: Atarashii Gakko, «Drama»]
Parfois tu es à Nancy, et tu te casses la gueule tous les deux pas. Tu es effrayé, tu es en peine, le monde ne veut-il plus de toi? Tu as raté ton développement personnel? Tes godasses ont perdu leur semelle? Tes pieds ont-ils décidé de partir faire le Vendée Globe? On fait quoi des peaux de mandarine, c’est poubelle bleue ou poubelle violette? Quel avenir politique pour Michel Barnier?
Noooooooon, rien de tout ça. C’est juste que tu marches sur la voie ferrée, connard.
A Nancy y’a la vieille voie ferrée Saint-Georges, futur boulevard urbain voie douce piste cyclable coulée rouge voie tram-train barreau de chaise touillette piétonne de gazpacho. On sait plus trop à un moment. D’ailleurs une partie est déjà faite et certaines de ces photos appartiennent au passé (ce qui est un peu le propre de la photo). En attendant, y’a des gens qui y font des trucs plus utiles que des machins plats et étanches sur lesquels faire rouler des voitures. Et même parfois un chat te surveille de loin le temps de ta balade avant d’aller faire son rapport sur ton intrusion à son officier au QG des chats.
[Prises de vue du 2 octobre 2023 / Fuji X100F / Photo brutes]
Villey-le-Sec, j’y ai passé des tas de moments à la fin des années 90 et au début des années 2000. Au fort. Avec un petit groupe de copains qui s’est étoffé au fur et à mesure, on été là les week-ends, notre vie de bénévoles, pour travailler, défricher, mettre en valeur, faire visiter le fort de Villey-le-Sec. Peu de moyens, beaucoup de motivation. Par la suite, l’association a grandi, l’argent des subventions est arrivé, les enjeux ont changé. On s’est moins demandé ce qu’on allait mettre au barbecue pour le midi et on s’est plus inquiété de remplir des dossiers et de travailler son entregents. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, ça profite au patrimoine, et le site a remarquablement évolué depuis. Mais en tous cas ce n’était plus mon truc à moi.
Et puis la notion même de fortification, ce sont des choses qui m’ont toujours parlé, qui m’ont toujours fasciné, qui m’ont toujours rassuré, en un sens. Peut-être comme une sorte de cabane inexpugnable, comme une chambre d’ado, la plus imprenable des forteresses.
Pendant ces années au fort, j’ai appris pas mal de choses, j’ai lié de solides amitiés. J’ai appris une chose essentielle: on peut être ami avec des gens différents, par leurs opinions (je peux te dire que dans le milieu de la «fortif» les gros gauchistes dans mon genre ça court pas les remparts), par leur âge, par leur métier… J’ai traîné avec des agriculteurs, des chasseurs, des ouvriers, des militaires à la retraite ou non. Tout des gens que je n’aurais sûrement pas rencontrés autrement. J’aurais été dans un petit milieu de gens tous pareils que moi et ça aurait été de la merde sans même que je m’en rende compte. J’ai appris qu’on peut parler avec des retraités réacs, être amis, se serrer les coudes alors même que nous sommes des ennemis politiques. Parce que l’idée de s’occuper de notre fort, c’était pas de la politique, c’était l’histoire d’une bande de gens qui s’aiment bien, avant tout.
J’ai appris en ce lieu qu’on pouvait se parler, parfois se prendre la tête: peu importe, on pouvait voir et entendre autre chose que ce qui nous conforte et nous confirme, sans nécessairement varier dans ses convictions: l’humain était finalement la porte d’entrée, et non pas ce qu’il pensait, son camp ou je ne sais quoi d’autre. On peut partager des valeurs quotidiennes de travail et d’entraide, de respect, et être chacun à un bout de l’échiquier, pourtant.
Là, aussi, j’ai appris à aimer une vallée, une rivière, une forêt, et au loin Toul et la ligne sombre des Hauts de Meuse. Mon affection profonde pour ce coin de Lorraine est importante pour moi.
Sûrement que j’idéalise un peu: on s’en fout, l’important c’est ce que j’en retire ici et maintenant.
Il existe aujourd’hui, comme à l’époque, des tonnes de lieux comme ça et c’est rassurant: mais le contexte a changé. Trop souvent les tensions entre les gens sont tellement exacerbées qu’on ne s’écoute pas, on ne s’entend pas, on ne se comprend pas et on ne veut plus se comprendre, on ne veut plus rien vivre ensemble. Alors plus personne n’a le sentiment d’être considéré. Les frustrations s’accumulent et on sait qui récolte les fruits de la frustration: les vautours à la flamme tricolore font des cercles au-dessus de nos têtes, ils attendent le bon moment pour fondre sur le cadavre encore chaud de l’humanisme simple et spontané qui nous lie pourtant inévitablement les un-e-s aux autres. Et les bons maîtres des marchés s’en accommodent très bien.
Vas-y je suis chiant moi ce matin.
Bref, j’aime bien aller à Villey-le-Sec faire le tour du village donc le tour du fort, une douce nostalgie pointe son nez, ça fait du bien, et j’ai une pensée pour tous ces gens de tous âges que j’ai côtoyés ici, et qui m’ont donné à voir, que je n’étais pas seul au monde et que je ne détenais pas plus de vérité ou de vertu qu’eux.
Car comme écrivait Lindingre un jour et comme j’aime à l’écrire à mon tour à toutes les sauces, j’ai beau avoir des convictions profondes, qui ne m’ont jamais quitté et qui j’espère ne me quitteront jamais, c’est bien beau mais une fois qu’on a dit ça, il reste que : «oui, mais il y a les gens».
Et jamais mes convictions, qui me tiennent, me donnent de l’espoir, me structurent, ne devront passer avant les gens.
C’est non négociable.
Ma devise sera toujours: «Oui, mais il y a les gens».
Ou «Peut-être si on fait rien, il se passera rien?», comme disait M. Poulpe dans le rôle du soldat Da Silva.
Le Faubourg des III Maisons, à Nancy, bien sûr j’ai toujours aimé. Tu crois que je sais pas ce qu’il est convenu ou non d’aimer? Allez. C’est que ça bosse par ici.
Mais t’sais, genre, gros, y’a Faubourg et Faubourg. D’un côté t’as le Faubourg hype, avec ses magasins, sa vie de quartier, sa toxicomanie, son kébab bon (on préférera le dürüm, plus léger, plus pratique, plus bon), sa Mercerie alimentaire (fermée depuis), son coin où laisser le Dâv’ cuire des trucs à manger (fermé depuis), son éphémère caviste Alex faiseur de bouffe attenante (fermé depuis), ses arbres rhabillés pour l’hiver, son épicerie de nuit où on peut trouver de la mauvaise bière tard et à un prix prohibitif, mais quand on aime on ne compte pas, ses habitants variés, ses «bonjour!» dont les rues résonnent plus facilement qu’ailleurs.
Et y’a la banlieue hardcore du Faubourg, la rue Vayringe bébé wsh tu vas faire quoi. Ici, de l’autre côté du canal on a une MJC et une voie ferrée désaffectée, un bistro fermé et un bistro un peu ouvert, du logement social et une chapelle ouvrière, des maraîchers et euh… bah voilà. Et alors quoi?
La rue Vayringe, j’y ai habité, comme j’ai habité avant downtown Faubourg. Bah la rue Vayringe ça a toujours été un peu plus chez moi. Je fais le zouave et tout mais le Faubourg des III Maisons, je l’ai bien aimé. Mais Vayringe, y’avait un gros petit plus. Plus morte, plus joyeuse, plus triste, plus humaine encore, plus en friche, plus calme, moins chère aussi, le loyer ça se paye. C’était ma rue.
La rue Vayringe c’est un peu le jardin des III Maisons, l’arrière-cour, le pré, la remise, là où jouent les gosses et où poussent les carottes sauvages. J’y ai vécu ma plus belle expérience locative à Nancy, expérience variée mais qui n’est jamais tombée très loin de ce Faubourg. Je me suis retrouvé dans un modeste immeuble comme le quartier en compte tant, avec à l’époque des appartements un peu désuets, parfois vétustes. Mais moi dans mon immeuble y’avait au rez-de-chaussée je sais pas qui ça changeait tout le temps, à l’étage c’était nous et un gars folklo à mort mais qui reste une figure mythique, raconter ses aventures délabrées reste un sport que je pratique volontiers, au-dessus, des amis chers, au-dessus encore des amis chers. Que des gens plutôt modestes-mais-ça-va. On était pas mal. Les amis chers avaient des amis chers qui étaient et sont toujours chouettes et nous aussi on avait des amis chers qui étaient chouettes et ça se rencontrait beaucoup, rue Vayringe. Y’avait toujours du monde en plus du monde.
Ça joue, bien sûr, dans mon amour pour Vayringe. Cette vie de communistes de droite. Hop, un immeuble avec une vie collective intense, mais avec chacun son chez soi bien délimité. Je me souviens quand parfois, à l’époque où j’étais au chômage, on descendait dans la cour de trois mètre sur quatre derrière l’immeuble pour jouer aux échecs l’après-midi avec le gars folklo. On buvait des bières et tout mais lui il finissait fin cave vers 15H00 vu qu’il arrivait à 13H00 avec déjà dix bières dans le pif. Bon je perdais souvent quand même vu qu’il jouait tellement bien et moi pas du tout. Après il était pas chiant, il allait juste se coucher et moi je partais raouer des photos dans le quartier. Mon passe-temps.
Parfois ça s’animait le soir, y’avait barbecue dans la cour toute petite, qui était à l’ombre d’un mirabellier qui se trouvait de l’autre côté du grillage, dans le jardin qui était tenu par un genre de petit chef aigri qui n’habitait pas là, mais qui le louait. Un jour il a coupé le mirabellier sans prévenir personne, pas même le propriétaire, parce que ça le faisait chier de s’en occuper. Ça a été un peu beaucoup la guerre, ce mirabellier c’était un bel arbre qui nous faisait de l’ombre et des fruits. On a gagné la guerre parce que son geste a été considéré comme complètement con et illégitime par tout le monde. Y compris le proprio tout colère: on a même gagné l’accès au jardin. Le petit chef aigri a plié bagage. Fallait voir notre joie. Alors on faisait des barbecues, et puis c’était beau au crépuscule le côté cour, toutes lumières et fenêtres ouvertes, des paniers descendant de la vaisselle et des plats et de la bière et du vin depuis les étages, suspendus à des cordes. «J’ai!» braillait-on en bas avant que le panier, vidé, ne remonte vers les hauteurs se remplir dans les appartements respectifs. C’était chouette et plein d’amis chers et d’amis chers d’amis chers.
D’autres fois on prenait tout le bazar et on allait au canal faire notre barbecue. Fallait guetter si l’herbe rabougrie n’avait pas une trop forte teneur en merdes de chiens et bam! On étalait des plaids et tout, et barbecue. Encore. Jusqu’à la nuit. C’était pas si rare qu’on partage une saucisse avec les promeneurs de chiens anonymes qui passaient par là. Une fois on a fêté ici l’obtention de ses papiers avec un ami cher de l’immeuble, longtemps clandestin. On a fêté ça et c’était une jolie bienvenue, moi ça m’a ému. Enfin, les pouvoirs publics et l’horrible Préfecture te reconnaissent le statut d’humain. Nous on le savait de longue date que t’étais un humain, et même un chouette représentant de notre espèce. Mais je sais pas pourquoi, y’a des gens, des États, ils ont besoin de tergiverser des années pour se dire que t’as mérité d’être des nôtres. Ils auraient du nous écouter, on le savait déjà, ça aurait été plus vite. Ouais, on a fêté ça, et pas qu’un peu. Avec la vue sur l’autre rive, le Faubourg et ses richesses, comme son parking par exemple, summum du luxe. Ça vaut une boutique Louis Vuitton. Mais ça brûle moins bien. Le monde est bien fait.
C’était chouette la rue Vayringe. Je ne regrette pas de l’avoir quittée, c’est pas le genre de la maison la nostalgie chiante. Mais ça ne l’empêche pas de me manquer, sainement. De raconter à mes enfants la vie qu’on y avait. de dire que ça a été important pour moi , la rue Vayringe et les centaines d’heures pendant lesquelles je l’ai parcourue, photographiée, sans hésiter, tel un Indiana Jones de la merde de chien, à pousser jusqu’aux communes limitrophes et naturelles, Maxéville et Malzéville.
Et puisqu’on en est à parler de Vayringe et du Faubourg, je m’autorise une pensée émue pour Gérard Trotot, un enfant d’ici, un sacré photographe archiviste précieux de ce quartier, de cette ville et de cette région. J’ai aimé partager des cafés, des souvenirs, des lectures de l’Est avec lui au petit bistro pas toujours fermé. Un chouette gars.
[Fuji X100T / photos de guingois remises d’aplomb, quelques tripotages de contrastes plutôt mineurs]
Maxéville faut mettre des escaliers. On enlève les rues on met des escaliers. C’est bien ça comme idée. Parce que c’est le truc de toutes communes qui penchent autour de Nancy. Dommartemont, Villers-lès-Nancy, Laxou, Malzéville, même combat. Des escaliers. Ou des chaises à porteurs. Après va trouver un bon porteur de nos jours… la CGT a fait du mal, hein. Bon le bas du milieu du bas de Maxéville c’est un coin que j’aime bien. J’en ai été longuement voisin car j’ai habité des années tout au bout de la rue du Faubourg des III Maisons, à la limite entre Nancy et Maxéville. Ma fenêtre de cuisine donnait sur le canal, je pouvais causer aux plaisanciers et aux pigeons qui venaient se poser sur le rebord de la fenêtre, c’était bien.
Ce bas du milieu du bas (que je nommerai le bdmdb pour simplifier le travail des investisseurs de Un Dimanche en Lorraine Ltd) est coupé en deux par la voie ferrée. D’un côté, sur le haut du bas du milieu du bas, on va vers la mairie, on trouve de la MJC, de la médiathèque, de la brasserie, de la entreprises diverses que je connais pas. Et même de la Inspé ex-Espé ex-IUFM (ouais c’est bien de changer tout le temps le nom des choses, ça challenge le public, et ça fait un public de winners, CQFD). De l’autre côté de la voie ferrée on trouve des restaurants fermés, des bars glauques fermés, une très bonne pizzéria en livraison mais fermée et un Lidl très ouvert. Y’a aussi un foyer d’hébergement où j’ai échangé quelques cafés avec une maman et sa petite fille venues de très loin. La petite aimait bien les canards du canal et la maman était une photographe douée qui s’ignorait: j’espère qu’elle aura pu continuer de tromper la vie rude par l’image. J’espère qu’elles vont bien là où elles sont. Je leur envoie de l’affection, en passant. Enfin voilà y’a un petit côté déshérité par ici qui me met assez à l’aise. Mais pourquoi donc c’est comme je te le raconte?
Tu dois comprendre que Maxéville, en tous cas le bdmdb (c’est pénible hein?) était un endroit très industriel et il hérite d’un plan assez contraint par toutes ces structures. Sauf que les structures, c’est fini. Les Brasseries Réunies, les Vins de la Craffe, le TP Max, transporteur aérien venu des carrières (qui se trouvent en haut du haut), les hauts-fourneaux, la mine, les entrepôts frigorifiques, ça fait belle lurette que ça n’existe plus. Alors le quartier ouvrier autour il a été tout dépérissant pendant des années. Je te jure que pour rattraper le coup derrière, c’est rock’n’roll. Certains bâtiments ont disparu, d’autres ont été à l’abandon, il y a eu des friches, on a reconstruit des trucs. Depuis quelques années les parcelles en friche ont tendance à disparaître au profit de constructions neuves. Bon. C’est bien et c’est en même temps un peu triste pour ces bouts de ville complètement sauvages et pas mal cradingues que personne ne semblait maîtriser. Mais le bdmdb reste le bdmdb tu sais. Sa voie ferrée en balafre, ses rues qui devraient être des escaliers, sa précarité, son canal tout sale comme un canal mais somme toute agréable. C’est pas un coin facile. Mais c’est un coin que j’aime bien.
Alors si tu es un-e gredin-e, ce dont je ne doute pas, tu te dis: «nan mais il est con lui il dit c’est moche et tout et il dit qu’il aime bien comment il est con j’y crois pas le teubé». Ça tu vois c’est parce que je suis un artiste. J’ai une sensibilité au monde et une empathie spontanée pour la part damnée de l’univers. Et toi bah tu vois t’es pas un artiste, alors tu te dis des trucs cons et tu vas en vacances à Perpignan. C’est comme ça c’est pas de ta faute. Après si tu veux je peux t’expliquer ma démarche artistique, mais comme t’as pas de subvention à me donner et que de toute façon je suis pas sûr que tu sois outillé pour comprendre… enfin bref, Bordeau-Chesnel, les rillettes, les valeurs, tout ça. Si j’avais une mèche je la remettrais rageusement en place tiens. Après cette mise au point, je propose une photo. C’est un proposition artistique, hein.
Y’a ce côté stérile dans le bdmdb, comme si rien ne pouvait arriver. Rien d’autre qu’un TER en retard. Les longues rues et ruelles qui suivent sagement les courbes de niveau s’alignent, s’empilent. Dans le bdmdb on fait ce qu’on peut. Mais y’a des gens que j’aime beaucoup. J’ai parlé de la maman photo et de sa fille canard, mais y’a aussi ce retraité bourgeois et loyal, attentif et intègre comme le hussard ou cette famille d’un pays qui se cherche et dont les enfants ont l’imagination pleine de soleil. Comme le concluait Lindingre très justement à l’issue d’un post Facebook (on peut pas toujours se référer au dernier BHL hein): «oui mais il y a les gens». Et ça change tout.
A cette saison, la végétation foisonne et avec les coupes tardives, elle a le temps de se répandre, d’occuper l’espace, de donner un côté brouillon aux choses et à vrai dire joliment abandonné. D’ailleurs cette notion est stupide, une de plus: la végétation comme marqueur de l’abandon. Bah justement non. Quand la végétation revient en force, ça n’a jamais été aussi vivant.
Maxéville, le bdmdb, en vrai tu sais pas où aller. Si tu vas t’enfiler vers Nancy, y’a plus de moyen de traverser la voie ferrée avant un moment, si tu veux aller vers Champigneulles, t’as cette si longue rue coincée entre voie ferrée et canal avec si peu d’échappatoires transversaux, alors tu peux passer derrière les maisons et aller au canal, mais là encore, pour traverser il faut aller jusqu’aux ponts. C’est un quartier compliqué à visiter pour un touriste qui veut un petit circuit bien fignolé et qui ne repasse jamais deux fois au même endroit, car le doublon c’est le genre d’événement qui colle des AVC aux touristes et aux guides et blogs et comptes Insta qui partagent leurs bons plans que tout le monde connaît. Non vraiment ne viens pas ici, sinon tu vas apprendre ce que c’est le linéaire et tu ne veux pas ça. Fous-nous la paix, quoi. Va faire chier les Bretons tiens, je suis sûr que leurs influenceurs tourisme te partageront des purs plans crevettes. De toute façon ici dans le canal y’a surtout des plans caddies, des plans vélos, parfois des plans cadavres.
Bref, ici c’est le quartier à Roger Cageot. Quoi? Tu connais pas Roger Cageot? Bah va pas fouiller dans ses affaires hein.
Pour finir, on va mettre de la couleur et moins de mauvais esprit. Et une photo pas de moi. La maman de la petite fille canard elle a fait cette photo, ici, dans ce quartier, un jour. C’était la première fois de sa vie qu’elle avait un appareil photo en main. Et trois déclenchements plus tard c’était comme si elle avait fait ça toute sa vie. Elle et sa fille, elle m’ont donné des leçons de courage, sans faire exprès. Le combat ordinaire a ses héroïnes ordinaires.